Culture

Corps féminin… Entre rituel et rapports de pouvoir

Corps féminin…

Entre rituel et rapports de pouvoir

Dans son intervention consacrée au corps rituel de la femme dans le théâtre algérien, Djamila Mostefa Zekai a interrogé la manière dont la scène peut rendre visibles les rapports de domination et les mémoires longtemps maintenues dans des espaces privés, explorant le personnage de Fatma, interprété par Sonia, dans la pièce de M’hamed Benguettaf, Le Bruit des autres.

Son approche s’intéresse notamment aux pratiques rituelles féminines, aux chants populaires, aux gestes et aux danses qui accompagnent certaines cérémonies, et à leur déplacement vers l’espace théâtral. Le corps n’est pas, dans cette perspective, un simple instrument de jeu. Il constitue une archive culturelle, porteuse de gestes transmis, de silences, de cris et d’expériences sociales. Leur reprise sur scène ne consiste pas à reproduire mécaniquement une tradition, mais à lui donner une portée nouvelle. L’analyse de la figure de la femme de ménage, notamment à travers la répétition de gestes ordinaires comme laver ou balayer, illustre cette transformation. Le geste quotidien devient une forme de rituel et peut faire apparaître la violence de rapports sociaux intériorisés.

La domination masculine n’est pas toujours reproduite par les hommes seuls : elle peut aussi se prolonger dans les représentations et les comportements de femmes qui ont intégré cet ordre social. Sans enfermer la création dans une catégorie exclusivement féminine, la réflexion de Djamila Zekai défend ainsi la place des femmes dans l’ensemble des métiers du théâtre et souligne la capacité de la scène à faire émerger des mémoires et des expériences marginalisées :

«L’enjeu central de ma démarche consiste à opérer un déplacement politique et esthétique : transférer les rituels prémonitoires divers de leur cadre folklorique et consumériste pour les transformer en de véritables outils de résistance. Cette dynamique s’inspire directement des pratiques spatiales et rituelles des femmes algériennes (notamment les réunions sur les terrasses ou stouh).

À travers des rituels traditionnels (comme le jeu de la Bouqala ou les incantations symboliques), les femmes s’appropriaient un espace de liberté pour chanter l’amour, interroger le destin et exprimer leurs aspirations profondes. En réinvestissant ces rituels, le théâtre contemporain ne fait pas du folklore : il redonne à la femme une tribune de libération de la parole et du corps. Cette perspective de recherche pose les jalons d’une anthropologie du spectacle algérien. J’espère que l’opportunité me sera donnée de mener à son terme cette action de recherche afin d’en restituer toute la rigueur et la portée théorique.»

✍️ APS

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