Culture

Congrès de la Soummam : les coulisses d’un tournant décisif de la Révolution

Congrès de la Soummam : les coulisses d’un tournant décisif de la Révolution

À l’occasion de son 70e anniversaire, des chercheurs sont revenus sur les circonstances de la tenue du Congrès de la Soummam, le 20 août 1956, et sur son rôle déterminant dans l’organisation politique et militaire de la Révolution.

Le 70e anniversaire du Congrès de la Soummam a été au centre d’une conférence organisée dans le cadre du programme culturel du 29e Salon international du livre d’Alger (SILA). À cette occasion, plusieurs chercheurs ont levé le voile sur les coulisses de cet événement fondateur de la Révolution algérienne.

Le professeur Sofiane Loucif, de l’université de Sétif, est d’abord revenu sur le choix du lieu de la rencontre. Si le congrès s’est finalement tenu à Ifri, dans la commune d’Ouzellaguen, ce choix répondait avant tout à des impératifs de sécurité. Les organisateurs avaient initialement envisagé la région des Beni Abbas, à Thala Kserir, mais le site, dépourvu de couvert forestier et exposé à l’observation de l’artillerie coloniale, présentait trop de risques. « La Kalaâ des Beni Abbas était inadaptée », a expliqué le chercheur.

Un événement survenu dans la nuit du 22 au 23 juillet 1956 a précipité ce changement. Une mule de liaison fut interceptée par l’armée française alors qu’elle transportait des documents confidentiels, dont une première ébauche des textes du congrès. Ces archives sont aujourd’hui conservées au Service historique de la Défense, à Vincennes, où le professeur Loucif indique avoir pu les consulter. Face à cette compromission, le commandement révolutionnaire organisa une opération de diversion à la Kalaâ des Beni Abbas, où Krim Belkacem réaffirma, sur la tombe des Mokrani, sa détermination à poursuivre le combat jusqu’à l’indépendance.

Il fut ensuite chargé par Krim Belkacem de trouver un lieu sûr. Le colonel Amirouche, qui connaissait parfaitement la vallée de la Soummam, porta son choix sur Ifri. Le site offrait plusieurs avantages : des abris sous roche, une population acquise à la Révolution et un accès rapide au maquis de l’Akfadou. Il permettait également de contredire la propagande coloniale qui prétendait avoir « pacifié » la région de la Soummam.

Autre précision historique apportée par le chercheur : contrairement à une idée largement répandue, les travaux du congrès n’ont pas débuté le 20 août, mais dès le 13 août 1956, avec l’arrivée des délégations des autres wilayas. C’est également à cette occasion que Mohammedi Saïd annonça le transfert de la lutte armée sur le territoire français, une orientation qui allait notamment se concrétiser deux ans plus tard avec la création de la Fédération de France du FLN.

Pour sa part, le docteur Settar Othmani, de l’université de Béjaïa, a mis l’accent sur la portée politique et institutionnelle du congrès. Vingt-deux mois après le déclenchement de la Révolution, le FLN avait déjà perdu plusieurs de ses figures fondatrices, dont Didouche Mourad et Mostefa Ben Boulaïd, tombés au combat, tandis que Rabah Bitat était emprisonné.

Selon le chercheur, le congrès a marqué « la rupture indispensable entre la gestion personnalisée de la lutte et l’édification d’un appareil d’État ». Il a notamment souligné le rôle d’Abane Ramdane, libéré en 1955, dans l’élaboration de cette nouvelle organisation, avec l’appui de Larbi Ben M’hidi et de Zighoud Youcef. Évoquant les critiques formulées ultérieurement à l’encontre du congrès, le docteur Othmani a appelé à dépasser les lectures passionnelles, rappelant que les institutions mises en place à Ifri, notamment le Conseil national de la Révolution algérienne (CNRA) et le Comité de coordination et d’exécution (CCE), ont ensuite été mises en œuvre par des responsables tels que Benkhedda, Bouguerra et le colonel Dehiles.

Au-delà de son importance militaire, Ifri Ouzellaguen aura ainsi constitué un véritable laboratoire politique de la Révolution. C’est dans ce lieu que le mouvement national s’est doté de principes, de structures et d’une organisation institutionnelle, jetant les bases de l’État algérien avant même l’indépendance.

✍️ Par Touaf Ikram

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