
Lors d’une conférence de presse du Trésor américain lundi, Scott Bessent a détaillé une campagne qu’il a qualifiée d' »attaque économique » contre les liens financiers de l’Iran, et affirmé qu’il s’attend déjà à « l’annonce de sanctions contre une grande institution financière d’ici la fin de cette semaine« .
Ce plan, baptisé opération Economic Outcast, fait suite à l’avertissement lancé dimanche par Bessent d’un « jour J économique » pour Téhéran.
Le Trésor américain a inscrit sur sa liste près de 60 entreprises, particuliers et navires dans plusieurs juridictions, y compris des ressortissants chinois, et suspendu des licences qui autorisaient des échanges limités avec l’Iran.
Plus important pour les entreprises étrangères, les sanctions secondaires sont étendues au transport maritime, à l’aviation, à l’or, à la technologie et aux actifs numériques, en plus du pétrole qui restait déjà au cœur du dispositif.
Toute entité blanchissant de l’argent pour le compte de l’Iran sera exclue du système du dollar, a prévenu Bessent, ajoutant que « personne n’est à l’abri » de ces mesures lorsqu’on lui a demandé si elles s’appliqueraient aussi à la Chine.
Le secrétaire au Trésor américain a refusé de fixer une date limite de mise en conformité mais a souligné que Washington n’avait pas une patience illimitée, tandis que le président Donald Trump appelle les dirigeants du monde entier pour leur demander de cesser le commerce avec l’Iran.
Point crucial, le Trésor américain s’est gardé de sanctionner frontalement un pays tiers, conservant son coup le plus dur en réserve pendant ce qu’il appelle une « période de remède« .
L’Iran a promis de riposter et dit compter sur ses principaux partenaires commerciaux pour résister aux pressions de Washington.
L’exposition directe de l’Europe reste très limitée
Les entreprises européennes n’ont plus grand-chose à perdre en matière d’échanges avec l’Iran.
Ce qui subsiste est toutefois très concentré.
L’Allemagne représente environ 32 % des échanges UE-Iran, l’Italie 16 % et les Pays-Bas 15 %.
Les exportations européennes sont principalement des produits pharmaceutiques, des machines et des équipements médicaux, des catégories souvent couvertes par des exemptions humanitaires, tandis que les importations sont dominées par les pistaches et d’autres produits alimentaires.
Pour ces raisons, les marchés européens ont réagi avec calme mardi matin.
Au moment de la rédaction, l’Euro Stoxx 50 comme l’indice pan-européen plus large Stoxx 600 gagnaient environ 0,2 %.
Le FTSE 100 britannique, le DAX 30 allemand, le CAC 40 français, le FTSE MIB italien, l’AEX néerlandais et le CH20 suisse progressaient tous de 0,1 % à 0,3 %, l’indice allemand menant la hausse.
Le véritable risque pour l’Europe se situe dans les rouages du système financier
Le plus grand danger ne réside pas dans le commerce avec l’Iran, mais dans la portée même de l’application des sanctions américaines.
Banques, assureurs, armateurs et négociants de matières premières traitent des opérations pour des clients dans des dizaines de pays, et c’est l’exposition à une contrepartie sanctionnée ailleurs, plutôt que les affaires directement menées à Téhéran, qui déclenche le plus souvent des pénalités.
Ce précédent reste bien présent dans les états-majors européens.
BNP Paribas a payé 8,9 milliards de dollars (7,6 milliards d’euros) en 2014, un montant record, et plaidé coupable de chefs d’accusation pénale pour avoir traité des opérations impliquant l’Iran, le Soudan et Cuba, avant de perdre pendant un an le droit de compenser des transactions en dollars via son bureau de New York.
Les entreprises européennes se trouvent aussi prises dans un piège juridique.
Le statut de blocage de l’UE interdit aux sociétés de se conformer aux sanctions américaines contre l’Iran, sauf autorisation de la Commission, et la Cour de justice de l’Union européenne a jugé que les entreprises mettant fin à leurs contrats iraniens doivent motiver leur décision par des raisons autres que la pression américaine.
Dans les faits, la plupart ont choisi le dollar depuis 2018, et les annonces de cette semaine ne leur donnent guère de raisons d’en changer.
✍️ euronews


