
Les femmes seraient-elles naturellement plus douées pour comprendre les émotions ? Une nouvelle étude internationale, publiée dans la revue Emotion, remet en question cette idée largement répandue. L’analyse, menée par plusieurs universités européennes, rassemble près de 1.300 publications scientifiques et des données concernant plus de 600.000 personnes dans 76 pays.
Une intelligence émotionnelle à plusieurs facettes
Les résultats montrent que les femmes obtiennent, en moyenne, de meilleurs scores pour reconnaître et comprendre les émotions. Mais l’intelligence émotionnelle comprend plusieurs compétences : identifier un sentiment, comprendre son origine et réguler les émotions, chez soi comme chez les autres.
« Les femmes sont émotionnellement intelligentes. Les hommes pensent qu’ils le sont« , résume le professeur Jochen Menges, enseignant à Cambridge et à Zurich, dans un communiqué. Il souligne que les femmes réussissent davantage les tests pratiques, tandis que l’écart se réduit presque totalement lorsque les participants évaluent eux-mêmes leurs capacités. L’étude ne permet toutefois pas de déterminer si les hommes surestiment leurs aptitudes, si les femmes les sous-estiment, ou si les deux phénomènes coexistent.
Gérer ses émotions ou celles des autres ?
L’analyse révèle une différence cruciale : les hommes et les garçons obtiennent généralement de meilleurs résultats lorsqu’il s’agit de réguler leurs propres émotions. Les femmes, elles, se distinguent davantage dans la gestion des émotions d’autrui. « Être censé gérer les sentiments des autres ne signifie pas être mieux équipé pour gérer les siens« , rappelle Jochen Menges. Cette distinction questionne les rôles traditionnellement attribués aux femmes, souvent considérées comme naturellement plus aptes à apaiser les tensions et à prendre soin des autres.
Au travail, attention aux stéréotypes
L’intelligence émotionnelle est associée, dans les études analysées, à de meilleures relations professionnelles, à la gestion du stress et à la performance. Mais considérer cette compétence comme exclusivement féminine comporte des risques, préviennent les chercheurs : les employeurs pourraient en effet confier davantage de tâches « émotionnelles » aux femmes, sans reconnaître ce travail ni le répartir équitablement.
Pour les experts, il faut donc évaluer les compétences réelles plutôt que s’appuyer sur des stéréotypes ou des déclarations personnelles. Jochen Menges recommande de « développer ces capacités chez tout le monde » et de ne pas faire de la gestion des émotions d’autrui une responsabilité féminine par défaut.


