
Cet événement marquant de la mémoire nationale témoigne du lien étroit des émigrés algériens avec la Glorieuse révolution de libération, laquelle avait alors pris les dimensions d’une «épopée de libération», qui, par son ampleur et son écho révolutionnaire, a suscité le soutien des hommes épris de liberté de par le monde entier à un peuple en lutte, déterminé à changer le cours de l’histoire coloniale en s’affranchissant de son emprise et de sa tyrannie au prix des plus lourds sacrifices, comme l’avait souligné le président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, lors d’une précédente occasion.
«L’hystérie avec laquelle le colonialisme français a traité les manifestants pacifiques, en ce mardi noir, s’est traduite par un bilan tragique: des manifestants jetés dans la Seine, persécutés, torturés et parqués dans des camps de concentration», avait déploré le président de la République.
Les sacrifices consentis par les Algériens établis à l’étranger durant cette période restent profondément ancrés, à ce jour, dans la mémoire des membres de la diaspora qui «portent dans leur cœur l’amour de l’Algérie et leur fidélité à son égard, et traduisent leur engagement en s’associant à la dynamique des transformations économiques en cours dans le pays, avec la volonté de contribuer au processus de renouveau national et à l’édification de l’Etat national moderne auquel aspire le digne peuple algérien», avait indiqué le président de la République.
Lors de sa dernière rencontre périodique avec des représentants de la presse nationale, le président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, avait également affirmé que «l’Algérie est entrée aujourd’hui dans une phase de développement global qui nécessite des apports de l’étranger, et ces apports ne sauraient être réalisés que par des compétences algériennes».
Dans le cadre de la concrétisation de l’intérêt particulier que l’Etat algérien accorde à la communauté nationale à l’étranger et son souci d’établir des passerelles de communication avec elle afin de lui permettre de s’engager dans la marche du développement, le Haut Conseil de la communauté scientifique nationale à l’étranger a été institué. Cette instance regroupe une élite de compétences scientifiques pionnières, jouissant d’une grande réputation mondiale grâce à leurs expertises prestigieuses et à leurs réalisations reconnues dans plusieurs domaines.
Historiquement, les étapes où les Algériens de la diaspora ont fait preuve de leur attachement indéfectible à leur mère patrie sont nombreuses, le massacre de la Seine à Paris figurant parmi les plus marquantes, la communauté constituant alors le moteur principal et le milieu vital d’où la Révolution de libération tirait son soutien.
Le rôle considérable et déterminant des membres de la communauté avait suscité l’inquiétude des autorités françaises, qui avaient imposé un blocus à leurs mouvements et à leurs déplacements, allant jusqu’à restreindre leurs communications. Elles avaient notamment instauré un couvre-feu et procédé à l’arrestation d’un grand nombre d’émigrés, envoyés dans des prisons et des centres de détention en Algérie.
Face à cette situation, le Front de libération nationale (FLN) avait planifié les manifestations pacifiques du 17 octobre en mobilisant toutes les franges de la communauté algérienne, sympathisants comme militants. Les autorités françaises y avaient toutefois répondu par les formes les plus atroces de violence et de brutalité, tout en appliquant une politique de black-out et d’occultation de la vérité. Il en avait résulté un crime contre l’humanité imprescriptible, dont les auteurs ne sauraient être amnistiés et qui continue d’engager la responsabilité pénale et politique de l’Etat français.
Dans la nuit du 17 octobre 1961, la capitale française avait été le théâtre d’un véritable massacre d’innocents désarmés. Les forces de l’ordre, sous ordre du préfet de police de la Seine, Maurice Papon, condamné en 1998 pour crimes contre l’humanité, avaient réprimé une manifestation pacifique organisée à l’appel de la Fédération de France du FLN pour dénoncer le couvre-feu imposé aux «Français musulmans algériens». Des dizaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants avaient répondu à cet appel.
Lors de ce massacre qui s’était poursuivi au-delà de la nuit du 17 octobre, des dizaines de manifestants ont été jetés dans la Seine, certains après avoir été tués par balles ou battus à mort, et d’autres alors qu’ils étaient encore vivants. Un grand nombre d’entre eux avaient également été emprisonnés. Il s’agissait de la répression étatique la plus violente exercée contre une manifestation de rue dans l’histoire contemporaine de l’Europe occidentale, selon les historiens. Cette sanglante répression policière a fait des centaines de morts et des milliers de blessés et de disparus. L’administration coloniale ne s’était pas limitée aux actes meurtriers, procédant également à l’arrestation de près de quinze mille Algériens et Algériennes qui ont été transférés au palais des sports, au parc des expositions et au stade Coubertin, où ils avaient été détenus dans des conditions effroyables, privées de soins et de nourriture pendant une longue période.
Plus de six décennies après ce crime documenté, l’Etat français n’a toujours pas autorisé la création d’une commission d’enquête et n’a donné suite à aucune plainte concernant les scènes de violence, les tueries et les actes de torture systématiques infligées aux Algériens. Un rapport officiel établi en 1998 par le conseiller d’Etat Dieudonné Mandelkern faisait état de l’arrestation de 14.000 personnes et de dizaines de morts.
APS


