
Derrière ce bon cru médico-chirurgicales en projet se dessine en réalité une véritable stratégie de filière, où la diversification des calendriers de production et le choix minutieux des cépages permettent de transformer une culture traditionnelle en levier de croissance économique. Malgré la sécheresse, cette performance est le fruit d’une montée en gamme organisée, portée par les acteurs locaux et soutenue par des dispositifs d’accompagnement technique. L’un des atouts majeurs de la viticulture oranaise réside dans son calendrier étalé.
En débutant par les cépages précoces en août et en prolongeant la cueillette tout au long de l’automne, les producteurs évitent l’écueil classique de la surabondance estivale qui fait chuter les prix sur les marchés de gros.
Cette temporalité maîtrisée offre une double garantie : d’une part, un approvisionnement régulier des étals pendant plusieurs mois, et d’autre part, une meilleure répartition des volumes qui sécurise les revenus des viticulteurs. C’est tout l’art de faire du temps un allié commercial, dans une région où la concurrence nationale et internationale ne cesse de s’intensifier. Ce savoir-faire temporel s’appuie sur un panel variétal soigneusement pensé.
Les dix variétés principales cultivées dans les vignobles oranais (au premier rang desquelles le Dattier de Beyrouth, le Muscat et le Victoria) ne doivent rien au hasard. Si le Muscat séduit les palais locaux par son goût aromatique et sa chair fondante, le Victoria, plus ferme et résistant au transport, est particulièrement prisé pour ses arômes, tandis que le Dattier de Beyrouth, apprécié pour sa gros calibre et sa conservation, fait le bonheur des circuits longs.
Ce positionnement variétal permet à la filière de jouer sur de multiples tableaux : consommation locale, transformation et commercialisation. Géographiquement, la culture du raisin de table s’étend sur plusieurs communes stratégiques de la wilaya (Aïn Turck, Boutlélis, Bethioua, Es- Sénia et Gdyel) qui ne sont pas de simples points sur une carte. Chacune de ces localités apporte sa spécificité : terres irriguées, microclimats favorables ou proximité des axes routiers et du port d’Oran pour la logistique.
Cette répartition spatiale fait de la filière un véritable moteur d’aménagement du territoire, irriguant l’économie locale bien au-delà des seules parcelles viticoles. La cueillette et le conditionnement mobilisent en effet une maind’oeuvre saisonnière importante, créant des emplois temporaires mais vitaux pour les familles de ces communes périphériques.
Pour pérenniser cette dynamique, la filière peut compter sur un dispositif d’accompagnement de terrain : le programme « L’École au champ« , initié par la Station de protection des végétaux (SPV) de Misserghine. Encadré par le Conseil professionnel de la filière viticole, ce programme forme les viticulteurs aux bonnes pratiques culturales, à la lutte raisonnée contre les ravageurs et à l’optimisation des rendements.
Grâce à ce transfert de compétences, la qualité des grappes s’améliore d’année en année, tout comme la capacité des exploitations à répondre aux exigences des marchés les plus exigeants. Si la récolte 2026 est prometteuse, c’est donc aussi parce que la terre d’Oran a trouvé, dans l’alliance de la tradition et de la formation, les clés de son renouveau économique.
✍️ Ilyès. N


