
Cette station balnéaire, prisée pour son cadre pittoresque, est plongée dans un état de délabrement avancé, miné par une pollution chronique. Le tableau est triste: les eaux usées domestiques, issues des habitations mises en location durant cette période estivale et des commerces environnants, se déversent directement sur le sable et dans les flots méditerranéens.
Cette situation critique ne ternit pas seulement l’image de cette station balnéaire, mais transforme ce joyau côtier en une véritable menace écologique et sanitaire pour les baigneurs et les riverains. Face à ce constat désastreux, les pouvoirs publics ont multiplié les initiatives pour tenter d’endiguer le fléau.
Parmi les réalisations majeures, l’implantation de la station d’épuration de Cap Falcon, dans la daïra d’Aïn El Turck, se veut la pièce maîtresse de la stratégie de dépollution du littoral oranais. Cette infrastructure, qui constitue la plus grande station d’épuration du pays, a marqué un tournant décisif dans la gestion des eaux usées de l’ouest algérien.
Conçue sur la base d’un traitement biologique à faible charge, elle repose sur des procédés modernes visant à réduire la charge polluante avant tout rejet dans le milieu naturel. L’ambition affichée est de préserver la qualité des eaux de baignade et restaurer l’écosystème marin fragilisé par des décennies de rejets anarchiques. Les chiffres témoignent de l’essor considérable de l’épuration à Oran.
La station de Cap Falcon dispose actuellement d’une capacité installée de 30.000 m³ par jour, prévue pour l’horizon 2030, et traite déjà jusqu’à 11.000 m³ d’effluents chaque jour. Bien plus qu’un simple outil de dépollution, elle est devenue un levier pour le développement agricole durable. Ses eaux épurées sont d’ores et déjà utilisées pour l’irrigation d’environ 500 hectares du périmètre agricole de Bousfer, un espace vert qui devrait s’étendre à 900 hectares à moyen terme.
Cette valorisation des eaux traitées illustre une volonté de transformer un problème environnemental en opportunité pour l’économie locale, en réduisant la pression sur les ressources en eau conventionnelles tout en participant à la verdure de la région. Malgré ces avancées notables et ces investissements lourds, la protection complète de l’environnement contre les rejets d’eaux usées non traitées reste un défi majeur et persistant.
Le cas de Bomo plage démontre que les solutions techniques, aussi performantes soient-elles, ne suffisent pas si elles ne sont pas accompagnées d’un réseau d’assainissement efficace et d’une maintenance rigoureuse. Les raccordements illégaux, l’insuffisance des branchements domestiques et le manque d’entretien des canalisations continuent de court-circuiter les efforts de la station de Cap Falcon.
En attendant une généralisation du tout-à-l’égout et une sensibilisation accrue des populations, les eaux polluées persistent à s’écouler vers la mer. Ainsi, l’épuration a certes connu un essor considérable à Oran, mais la bataille pour retrouver des plages saines et un littoral préservé est loin d’être gagnée, exigeant une mobilisation collective et une vision à long terme.
✍️ Ilyès. N


