
À son passage, les balcons et les fenêtres s’ouvraient, les enfants accouraient et les habitants lui offraient quelques pièces en échange d’une baraka censée éloigner le mauvais œil.
Figure emblématique du folklore populaire algérois, Baba Salem mêlait costumes colorés, musique, encens et traditions venues du grand espace saharien. Le karkabou et les rythmes du cortège témoignent notamment des échanges culturels entre l’Afrique subsaharienne et le Maghreb. En Algérie comme en Tunisie, cette figure est également associée à Boussadia et présente des parentés avec l’univers musical et rituel gnawa.
Mais ce spectacle de rue appartient désormais largement à la mémoire des anciens. Autrefois présent lors des fêtes religieuses dans les quartiers populaires d’Alger, il s’est progressivement effacé de l’espace urbain. La chanson El Assima d’Abdelmadjid Meskoud en conserve d’ailleurs une trace nostalgique à travers la référence à « Zedji Baba Salem ».
Aujourd’hui, les plus jeunes ne connaissent souvent cette figure que de nom. Pourtant, derrière Baba Salem se trouve tout un patrimoine immatériel fait de sons, de gestes, de couleurs et de parfums. Une tradition qui pourrait encore être ravivée, non pas comme une simple pièce de musée, mais comme une mémoire vivante de l’Alger populaire.
✍️ Touaf Ikram


